Nazca (14° Sud / GMT-5)
Cusco, 6 mars à dix huit heures trente : la psychose du braquage et de l'accident nous gagne alors que l'on embarque dans un bus de nuit à destination de Nazca - normalement le dernier avant longtemps.
Le récit d'un jeune couple de piémontais dont le bus s'est fait braquer en pleine nuit aux environs d'Iguazu nous a perturbé. "La bourse ou la vie", on croyait la rengaine disparue avec le moyen âge mais elle est toujours d'usage en Amérique du Sud et la version 2013 se joue avec un flingue sur la tempe, en pleine nuit devant une soute à bagage. Si le détournement de bus est spectaculaire, ce n'est pas le pire danger qui guette le voyageur nocturne. À priori les accidents de la route sont assez fréquents et leur issue souvent funeste. Un chauffeur en manque de sommeil voire ivre, sur les routes sinueuses des Andes : ça ne passe pas à tous les coups. Impossible de fermer l'œil alors que le bus tangue à chaque virage, dans l'obscurité on cogite...
Voyager est une entreprise risquée, à différents égards. Le vol, les maladies exotiques - on a fait une dizaine de vaccins, et on le découvrira par la suite, sujette à d'autres menaces moins attendues. Le Kim Jong-il mal peigné par exemple, dictateur imberbe en pleine crise de virilité alors que nous passons dans le nord-est asiatique. Cela nous offrira l'occasion de croiser John Kerry en pleine tournée, faisant semblant de visiter le temple bouddhiste de Zojoji à Tokyo. Beaucoup plus proche de notre quotidien, ce fut un veritable choc d'apprendre que Jorgen - avec qui nous voyagions en Bolivie 2 semaines auparavant - était en chirurgie, rapatrié en Allemagne à la suite d'une chute.
Le jour se lève enfin mais on n'y voit pas vraiment plus clair. A travers l'épais brouillard matinal notre bus serpente sur les cimes avant d'entamer une descente en lacet le long de pentes rocailleuses. Le chauffage doit être en panne car on se les gèles a l'intérieur, glacés jusqu'aux doigts de pieds on attend l'arrivée avec impatience. Le délivrance arrive une demi heure plus tard. Terminus, on traîne alors nos sacs dans le "Far West" Péruvien. En plein désert, la ville sera bientôt écrasée sous une chaleur infernale. On trouve refuge à l'hôtel où, dans la torpeur de l'après-midi, par le bruit sourd de ses fruits murs heurtant le sol, le manguier nous invite à une salade que nous ne refuserons pas.
On ne restera en tout que deux nuits à Nazca et pourtant le séjour sera mémorable. Pour un splendide coucher de soleil le long de la Panamericana, face à une énigme de l'histoire de l'humanité et surtout, pour le Cerro Blanco. Gigantesque dune de sable, territoire du Condor, une vue à couper le souffle sur les montagnes désertiques. Plus de 800m de descente non-stop en sandboard avec l'immense dune pour nous - Ritta, notre guide Édouardo et moi!
Le genre d'expérience qui vous rappelle pourquoi vous avez entrepris un aussi long périple.


























